Samedi 11 Septembre 2010
4:05

Association Francophone des Infirmier(e)s d'Urgence

Discours de Madame la Ministre Laurette Onkelinx à l'occasion du Congrès de la FNIB, le 12 mai 2010

Bonjour à toutes et à tous,
Je suis particulièrement heureuse d’être parmi vous en ce jour de fête pour
tous les infirmiers du monde : 12 mai, anniversaire d’une grande figure
infirmière, Florence Nightingale.



Vous portez un regard sur l’histoire de votre profession en Belgique : il est en effet toujours utile de connaître et de comprendre ses racines pour comprendre le présent et construire l’avenir.
Je me réjouis aussi de voir que vous avez choisi d’aborder à l’occasion de votre congrès des thèmes inhabituels : ils concernent des approches qui peuvent enrichir les soins infirmiers, mais ils peuvent aussi être profitables aux infirmiers eux-mêmes.
Les exigences de votre métier justifient bien que vous preniez aussi soin de vous !
Lors de mon arrivée à la tête du département des Affaires sociales et de la Santé publique fin décembre 2007, j’ose dire que j’avais en tout cas deux obsessions, deux chantiers prioritaires que je voulais coûte que coûte mener à bien : jeter les bases d’une politique coordonnée et ambitieuse en
matière de lutte contre le cancer d’une part, et contribuer à revaloriser la profession infirmière d’autre part.
Pas seulement parce que les statistiques montraient un problème structurel de pénurie face à des besoins en soins sans cesse croissants. Mais aussi parce que j’étais frappée par l’image biaisée de cette profession dans la société : trop souvent encore, vous le savez mieux que quiconque, les responsabilités assumées par le personnel infirmier sont sous-estimées, et les multiples facettes de ce noble métier restent mal connues.
Il y a quelques semaines, une personnalité politique française invitait à développer une société du care ou du soin mutuel. Il y a longtemps que je partage ce credo. Une société du soin, c’est une société qui redonne sa juste place à tous ceux qui œuvrent dans l’ombre, et parfois pour un
salaire plus que modeste, au bien–être, à la santé et à l’éducation de chacun d’entre nous. C’est l’infirmière qui travaille sans relâche, l’enseignant qui ne se décourage pas, l’assistante sociale qui oriente, écoute, conseille.
Les bénéficiaires de leur compétences et de leur dévouement, c’est nous tous, nos enfants, nos parents, nos voisins, nous-mêmes en cas de pépin comme la vie en réserve. Bref une société du
soin, c’est une société qui comprend, assume, reconnaît ce qu’elle doit à ceux pour qui le facteur humain n’est pas une variable mais un métier.
C’est grâce à cette sollicitude que la vie en société est possible, certains ont trop tendance à l’oublier….
C’est forte de cette conviction que, avec mon équipe, je me suis attelée, dès les premières semaines, à élaborer ce qui allait devenir un Plan visant à renforcer l’attractivité de la profession infirmière.
J’ai d’abord commencé par écouter les uns et les autres, et bien sûr en 1er lieu les organisations professionnelles, pour essayer ensuite, de faire la synthèse et l’inventaire des leviers à actionner pour améliorer la situation des infirmières et des infirmiers sur le terrain. Quatre thèmes majeurs ont été développés, au départ des préoccupations qui remontaient des professionnels que vous êtes, à savoir :
l’allègement de la charge de travail et du stress
l’amélioration de la rémunération
la reconnaissance sociale et une meilleure implication dans les
processus de décision
la formation
Ce plan a donc été finalisé durant l’été 2008 et il a connu un début de concrétisation dès le budget 2009 : 16.5 millions ont été dédicacés à l’amélioration de l’informatisation dans les hôpitaux , en donnant la priorité au dossier infirmier , et 1 million d’euros a été versé aux hôpitaux pour la formation permanente du personnel infirmier (soit une augmentation de leur budget formation de 7.5%) . En matière de formation toujours, 1.75 mios a été dégagé au bénéfice des infirmiers à domicile.
Par ailleurs, afin de garantir une meilleure implication des représentants du personnel infirmier dans le processus de décision, j’ai pris l’initiative de modifier la législation pour introduire des infirmiers
dans des organes dont ils étaient absents jusqu’ici : deux infirmiers au Conseil d’Administration du KCE et deux dans la Structure Multipartite en matière de politique hospitalière.
Ne pensez pas que cela soit anodin : cela donne un signal au secteur, indiquant l’importance qu’il faut aussi accorder aux infirmiers, à côté des autres acteurs – médecins et gestionnaires en majorité.
Cela leur permettra surtout d’influencer des options qui vous concernent : c’est important pour l’avenir.
La loi a également été modifiée, et un budget structurel dégagé (350 000 euros par an) pour financer l’UGIB, à l’instar de la subsidiation existant de longue date pour les syndicats médicaux. (Nb : la base légale est votée et le budget réservé, mais l’AR d’exécution reste en rade pour cause d’affaires courantes)
Une campagne a également été menée l’an dernier dans les écoles, avec le concours de certains et certaines d’entre vous à l’occasion du 12 mai ; elle a porté ses fruits : on recense 9% d’étudiants en plus dans les écoles du pays
Des études scientifiques ont également été financées .L’une a pour objectif d’analyser ce qui pourrait améliorer les conditions physiques, ergonomiques, de votre travail : elle sera terminée fin juin.
L’autre travaille sur les données du DI-RHM (données infirmières du Résumé infirmier minimum) : à partir des profils de patients, considérés sous l’angle de vue infirmier, seront étudiés les besoins en termes de connaissances et compétences mais aussi en termes quantitatifs. De combien de personnes et de quelles qualifications faut-il composer les équipes pour assurer les soins à ces patients ? A quelles évolutions faut-il se préparer ? De ces informations pourront émerger des propositions d’adaptation du financement hospitalier.
Je me réjouis d’apprendre que les institutions et les professionnels s’impliquent avec conviction dans le suivi de cette étude Les projets-pilotes relatifs à l’intégration d’aides-soignants dans les soins à domicile se poursuivent et permettront de déterminer comment organiser la collaboration dans les meilleures conditions.
Toujours pour le domicile, vous savez que des codes de nomenclature ont été créés, qui permettent une valorisation financière d’interventions infirmières qui ne l’étaient pas : la consultation infirmière et la préparation de médicaments (2.2. millions). Tandis que d’autres codes se sont vus mieux valorisés : c’est le cas notamment des soins aux plaies complexes, dont le code a été revalorisé de 10 % (1.8 million). De même, dans le cadre des trajets de soins diabète lancés en septembre 2009, les
infirmiers perçoivent désormais un honoraire afin de prendre en charge l’éducation à l’autonomie des patients diabétiques.
Enfin, le projet 600 a été relancé, et au cours de l’année scolaire 2008-2009, 536 personnes étaient ainsi en formation pour décrocher un diplôme d’infirmier, tout en conservant leur rémunération.
Je suis aussi intervenue auprès des Présidents des Comités de gestion des Fonds Maribel afin que les partenaires sociaux privilégient l’attribution des nouveaux emplois, créés dans le cadre des mesures « anti-crise », en priorité aux fonctions d’aides logistiques et administratives : je sais
combien ces fonctions vous aident au quotidien.
Des avancées ont donc été bel et bien engrangées en 2009, mais c’était évidemment insuffisant au regard de nos ambitions !
C’est pourquoi, lors de la confection du budget 2010, à l’automne 2009, j’ai arraché à mes collègues, et imposé aux acteurs de l’Inami qui avaient d’autres priorités, que 100 millions d’euros soient réservés à revaloriser la profession infirmière dans tous les secteurs cette fois, et pas seulement les hôpitaux.
Je peux vous affirmer que ce n’était pas facile en cette période de crise économique. Le maitre mot pour ce budget était en effet rigueur ou encore économie. Mais je n’ai pas accepté que les infirmiers soient victimes de la crise financière et, finalement, c’est le seul secteur où le gouvernement a
accepté d’investir !!
Quoi finalement de plus normal.
Les mesures prises, vous les connaissez : elles s’appliquent à tous les secteurs d’activité, selon des modalités adaptées à chacun d’eux
–hôpitaux, MR
– MRS, domicile…
Commençons par la mesure dite « prime de spécialisation » (budget de l’ordre de 37 millions en base annuelle) , qui vise à revaloriser par une prime annuelle dès 2010 les détenteurs et détentrices d’un Titre (3341.5 euros bruts) ou d’une Qualification reconnus (1113.8 bruts) .
Avant de vous expliquer ce qu’il en est de la concrétisation de ces mesures, je voudrais répondre à des questions qui me sont souvent posées à propos de ces primes de spécialisation : d’une part, elles visent à valoriser un effort particulier de formation, pour obtenir le titre ou la Qualification, mais aussi pour les conserver : ces connaissances peuvent alors être mises à profit pour toute l’équipe et pour tous les patients.
Cela ne doit absolument pas être interprété comme une dépréciation du travail des autres.
Pourquoi pas toutes les spécialisations ? Tout simplement parce qu’il faut un agrément officiel, sur base de critères établis : il s’agit donc des spécialisations qui ont fait l’objet d’un Arrêté Ministériel. Et pour que ceci soit possible, il faut que la spécialisation figure sur la liste officialisée par l’Arrêté Royal du 27 septembre 2006.
Les Arrêtés ministériels sont publiés progressivement : ils entraînent une charge importante pour l’Administration. Et quant à la séquence, j’ai respecté l’ordre que m’a proposé le Conseil National de l’Art infirmier.
Concrètement, et en résumé donc, de quels titres ou qualifications s’agit-il ? Tous au fur et à mesure qu’ils seront officialisés. Les cent millions, ce n’est pas une enveloppe fermée. Plus on reconnaitra des titres et qualifications, plus ce montant augmentera. Après le Titre professionnel particulier en oncologie, je peux aussi vous confirmer que le Titre professionnel particulier en Pédiatrie et Néonatologie ainsi que la Qualification professionnelle particulière en Diabétologie sont dans le
parcours de publication : ils ne sont pas affectés par la démission du Gouvernement. Il n’en est malheureusement pas de même pour le Titre et la Qualification en Psychiatrie et les extensions prévues pour le Titre et la Qualification en Gériatrie : ils n’étaient pas encore à un stade du
processus qui leur permettrait de le poursuivre. Mais pour moi, ce n’est qu’une partie remise. Dès que possible on le fera.
J’en viens maintenant à l’autre grand volet, le plus important : 63 millions d’euros chaque année pour une revalorisation salariale pour les prestations de soirée.
La meilleure rémunération des prestations inconfortables est assurée pour tous les infirmiers actifs dans les secteurs fédéraux de la santé :
hôpitaux, MR-MRS, MSP, domicile… Concrètement, il s’agit de rémunérer comme heure de nuit les heures à partir de 20 h partout, et de valoriser toute prestation au-delà de 19 h à 120 % (ou comme nuit pour les personnes bénéficiant du forfait de 11% sur tous leurs horaires).
Suite à la chute du gouvernement, je sais que beaucoup d’entre vous s’inquiètent : ces revalorisations financières ne sont elles pas remises en cause ? Question évidemment légitime.
Je ne supporterai pas cette situation. Et devant vous je veux prendre un engagement : si les employeurs et les syndicats ne parviennent pas dans les jours qui viennent à conclure une convention collective pour organiser cette revalorisation alors, je vous promets que je déposerai au
gouvernement un arrêté royal qui fera obligation aux hôpitaux et autres structures d’utiliser les cent millions pour mieux rémunérer les infirmiers.

Voilà, je vous souhaite encore une fois une bonne fête.

Je vous dis au revoir et j’espère … à bientôt !

Laurette Onkelinx

Mercredi 26 Mai 2010
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